Tribune partie 2 : Le Fonds Monétaire International-FMI-, la Banque Mondiale, la BCEAO, Dieu et la rareté de la monnaie partie 2 suite et fin : Le point de vue de Clément Roger YAMEOGO Démmogrphee -Economiste
Dans notre précèdent article[1] sur le même sujet, nous soutenons que :
- L’Afrique noire connait le paradoxe d’une concentration des plus importantes richesses mondiales et aussi de la misère humaine insoutenable ;
- Plusieurs facteurs cognitifs concurrent à une telle contreperformance socio-économique dont l’histoire, la géographie, le climat, les institutions publiques, la perception de l’éthique même du développement, la mauvaise gouvernance, les pratiques prédatrices etc..
- Néanmoins, l’Afrique noire dispose d’une forte population jeune avec 80% de moins de 40 ans, de plus en plus éduquée, instruite ; elle a aussi des instituts de recherches et des talents endogènes à même de promouvoir un savoir-faire pour répondre aux besoins et préoccupations de nourriture, de santé de base, d’éducation, en somme un ensemble de besoins permettant d’accéder à la dignité humaine ;
- Seulement, si on demande aux individus s’ils ont un projet productif, et quels sont les facteurs limitants, la majorité significative vous dira qu’elle est limitée par les moyens, entendons par là les moyens financiers inexistants ou insuffisants ;
- Alors se pose la question de la rareté de la monnaie ;
- Sur ce point précis, nous soutenions qu’à l’enfance de l’humanité, les hommes ont connu le troc comme moyen d’échange c’est-à-dire que tout bien est susceptible d’être utilisé comme monnaie ; avec l’évolution et l’accroissement des échanges apparut la monnaie matérielle diversifiée selon les sociétés avec l’introduction de valeurs comme le cuivre, l’argent, l’or, les écailles de poissons rares, les plumages etc.. puis vint l’ère de la monnaie scripturale et nous sommes dans la crypto monnaie et la monnaie digitale. De plus en plus, l’accumulation primitive de la matière n’est nullement une condition de l’offre de monnaie. Elle existe par convention et par conséquence ne saurait constituée une contrainte majeure à la production de biens désirables et rentables ;
- Nous disions que Dieu a inspiré un africain noir tunisien du nom de Ibn Khaldhoum[2] qui l’avait démontrée dès 1377 dans son fameux livre La Mukadima de 1500 pages ; en effet dans son circuit économique l’offre de monnaie revient au prince qui en produit avec sagesse pour les besoins de l’économie.
- Ce faisant la crise américaine de 2008 fut évitée par Ben Bernanke[3] président de la banque centrale des Etats Unis qui a rompu avec l’orthodoxie monétaire, afin d’ouvrir les vannes d’une offre de monnaie pour rassurer les opérateurs économiques et les ménages au bord du doute.
- Enfin, nous soutenons que la continence monétaire entretenue par nos institutions monétaires et la finance internationale est incongrue face aux besoins immenses d’investissement dans tous les domaines par les opérateurs économiques en Afrique noire. Nous illustrons par un petit exemple :
Supposons, une petite économie avec une banque centrale, une banque commerciale, des opérateurs économiques, et des ménages-travailleurs. Un couple de restaurateur, dénommé « Au Bon Coin » offre des repas appréciés par les consommateurs. La demande explose et dépasse l’offre. Les propriétaires décident d’agrandir leur affaire, par l’achat supplémentaire de tables, chaises, assiettes, et un fonds de roulement, le tout évalué à 750 000 F d’unités monétaires. Seulement, leur économie personnelle est de 300 000 ; ils soumettent leur dossier à la banque commerciale qui ne peut que leur prêter 200 000 ; donc il leur manque alors 250 000 F. Ils peuvent :
- Soit renoncer à l’investissement supplémentaire, et augmenter les prix des repas pour éliminer la demande supplémentaire ; dans ce cas, pas d’effet d’entrainement sur le reste de l’économie locale ;
- Soit la banque commerciale sollicite les 250 000 F à la banque centrale qui en fabrique pour le besoin de la cause. Dans ce cas, le restaurateur accroit son business, avec un effet d’entrainement sur le reste de l’économie locale par la création de nouveaux emplois, l’achat de matières premières etc… Au terme du crédit, il rembourse, les 450 000 F à sa banque commerciale et la banque centrale, avec un intérêt.
Dans cette perspective, les 300 000 F d’économie du restaurateur et les 200 000 F de sa banque commerciale, nous l’appelons « la Monnaie des Hommes », soit 500 000 F, l’épargne de la société, c’est-à-dire la renonciation à la consommation présente.
Nous appelons les 250 000 F nouvellement émis ou fabriqués par la banque centrale, « la Monnaie de Dieu » c’est-à-dire non liée à une épargne quelconque, un puits sans fonds. Cette « Monnaie de Dieu » ne lèse personne, c’est un bonus social afin de permettre la création de richesse supplémentaire pour échapper à la pauvreté. Les limites de cette « Monnaie de Dieu » sont les besoins des entreprises afin d’offrir des biens utiles et rentables. Sont exclus de cette « Monnaie de Dieu » les émissions fantaisistes pour les anniversaires du parti politique majoritaire, l’organisation des Coupes nationales de luttes, les paiements d’arriérés de salaires de travailleurs absentéistes etc..On s’en tient uniquement et strictement à l’économie de production. Nous savons que les financiers n’aiment pas cette approche au motif qu’elle est inflationniste. etc…Cette inflation passagère s’explique par le fait que les dépenses monétaires pour produire, et l’offre effective de biens sur le marché ne sont pas simultanées. Alors que les dépenses pour mobiliser les facteurs de productions sont immédiates, l’offre de biens prend un certain temps de production ; au finish à l’équilibre, les biens supplémentaires vont ramener les prix à la baisse. D’ailleurs, nulle part sur la terre, on a observé une trajectoire de croissance économique de pays peu développés sans inflation.
L’inflation dans nos économies en Afrique noire s’explique en grande majorité par une insuffisance de l’offre des biens et services, par la rétention volontaire des stocks que seule une politique volontariste de production peut corriger définitivement.
Face à cette situation, revient la grande question de Lénine : Que faire ?
On peut soit compter sur un assouplissement de l’offre de monnaie avec une intervention volontariste de la banque centrale, soit une intervention de l’Etat, soit une exigence de la société civile.
La première hypothèse nous semble peu probable ; le système bancaire ne va pas accepter toujours assouplir ces conditions pour répondre à une logique de production fut-ce telle rentable. La rareté entretenue et organisée lui profite par le jeu de la hausse des taux d’intérêts et les différents placements.
Les Etats sont également hors-jeu, car ils ont accepté leur soumission monétaire contre la fixité du taux de change avec les monnaies étrangères. De plus, certains décideurs publics de haut rang sont propriétaires ou actionnaires de banques affiliées à la finance internationale qui au finish dicte tout. D’ailleurs ces personnages sont la plupart du temps les causes des problèmes par des politiques économiques inappropriées.
Et les leaders de la société civile dans tout ça ? Nous pensons aux leaders religieux qui sont les seules forces morales qui inspirent confiance : Les lieux de cultes sont leurs seuls refuges de la jeunesse désemparée. En effet, les Eglises, les Temples, les Mosquées, les lieux de cultes coutumiers sont bondés de jeunes, implorant Dieu pour leur situation professionnelle, pour remédier à leur chômage, leurs problèmes personnels ; or, la jeunesse ignore que Dieu dans son infinie bonté a tout prévu et donné à chacun d’entre eux le capital comme le soleil, la pluie, la plage, la terre y compris la monnaie gratuitement. Les cardinaux, les évêques, les imans, les pasteurs, les chefs coutumiers vivent en direct la pauvreté de masse avec les fidèles. Maintenant qu’ils savent que la monnaie de Dieu est détenue jalousement par les centrales, ces autorités peuvent exiger ou plaider auprès de ces institutions financières une injection de la « Monnaie de Dieu » afin que les jeunes puissent en profiter pour se réaliser socialement. Sans cette approche, la situation risque d’être explosive et incontrôlable à terme.
Mais pourquoi la rareté de la monnaie est-elle acceptée comme un acquis, un verrou infranchissable ? Cela tient, nous semble t il à deux raisons principalement :
– Premièrement, l’ignorance collective partagée sur la véritable nature immatérielle de la monnaie que nous avions suffisamment démontrée ; en effet, les manuels de sciences économiques et même des personnalités à des niveaux insoupçonnés continuent de penser l’approche du marché monétaire comme celui les marchandises, c’est-à-dire en termes d’offre ou d’épargne disponible, et de demande pour les transactions et l’investissement, le tout équilibré par les taux d’intérêts. Comment faire alors dans des économies comme en Afrique noire où près de la moitié de la population n’a pas revenu monétaire et partant d’épargne monétaire ? C’est là qu’une injection raisonnable de la « Monnaie de Dieu » nous semble-t-il, peut nous sauver.
– Deuxièmement, l’organisation verticale de la société milite en faveur de la rareté voulue de la monnaie ; en effet la société est ainsi organisée de telle sorte que, au sommet se trouve le pôle financier, les magnats de la finance, en même temps faiseurs de rois : ce sont eux qui choisissent les candidats en démocratie et financent les campagnes électorales ; puis viennent les Gouvernements qui jouent à la neutralité, mais en fait sont les commis des premiers ; ensuite viennent les industriels et les distributeurs qui tirent leurs forces des financiers sans lesquels, pas de productions, et le collectif des travailleurs- consommateurs qui dépendent de tout le système. Enfin, viennent les majors de la communication et des médias qui influencent et façonnent les consciences populaires ; ces agences de communication savent que, comme dans l’antiquité gréco-romaine, les peuples ont besoin de pain et de jeux. D’où la noyade des consciences populaires avec des programmes de jeux et de divertissements nuls à tout vent.
Nous pensons que le chômage n’est pas une fatalité et chacun dispose d’une faculté contributive. Sans un tel effort de réflexion, les sociétés africaines noires courent à leur propre perte : les prochaines insurrections ne seront pas contre les palais présidentiels comme naguère, mais contre les banques centrales détentrices de la « Monnaie de Dieu ».
Dans ce combat pour l’appropriation de la « Monnaie de Dieu », les forces morales et religieuses garant de la parole divine de Paix, d’Amour, et de Justice sociale devront assurer l’avant-garde pour disponibiliser les ressources gratuites pour l’émancipation humaine de l’Afrique noire contre la pauvreté[4]. Elles peuvent servir d’intermédiaire entre la poussée des jeunes et les banques centrales afin de sauver ce qui peut l’être.
Dans cette perspective, il y a lieu d’abandonner le mythe de l’hérésie monétaire qui consiste à appréhender la monnaie en termes de biens matériels comme les cacahouètes ou de choux ou d’or où une offre s’ajuste à la demande pour déterminer le prix d’équilibre. Dans ce cas précis, c’est la demande de monnaie par les entrepreneurs pour la production qui détermine une offre extensive de monnaie. C’est cette nouvelle vision que les économistes se doivent de promouvoir au sein des faiseurs de politiques publiques ; aussi la masse des médias doit faire comprendre à la population cela que la monnaie n’est nullement un problème en soi ; enfin les influenceurs encore crédibles comme les autorités morales et religieuses peuvent mener un plaidoyer pour une offre plus souple de « la Monnaie de Dieu » dans l’intérêt global de la collectivité.

Clément Roger YAMEOGO Demographe-Economiste
Cabinet CERYA https://cerya.org/blog/
[1] Yameogo Clément Roger : Le FMI, la Banque mondiale, la BCEAO, Dieu et kla rareté de la monnaie partie I https://lefaso.net/spip.php?article148335 ou https://cerya.org/blog/
[2] Ibn Khaldoun : La Muqaddimah (ou Prolégomènes) https://www.google.com/search?q=quelles+sont+les+th%C3%A8mes+abordés
[3] Ben Bernanke Pourquoi votre voisin ne peut-il pas brûler sa maison ? https://thedecisionlab.com/es/thinkers/economics/ben-bernanke
[4] LÉON PP. XIV Lettre encyclique Lettre encyclique MAGNIFICAT HUMANITAS, https://www.la-croix.com/religion/magnifica-humanitas-le-texte-integral-de-l-encyclique-de-leon-xiv du 15 mai 2026