Le Fonds Monétaire International-FMI-, la Banque Mondiale, la BCEAO, Dieu et la rareté de la monnaie.       Le point de vue de Clément Roger YAMEOGO, Démographe -Economiste  1ère  partie     

Il y a 189 pays membres de la banque mondiale et 191 au FMI. L’humanité a fait d’énorme progrès économique et social depuis lors ; même les pays pauvres en ont profité. Cependant, les pays d’Afrique noire francophone émargent en dernière position sur l’échelle de l’indice du développement humain durable. Loin de nous est de réchauffer les vieilles rengaines de la colonisation, de la géopolitique, de l’histoire ; toutefois la coïncidence est tout de même troublante entre pauvreté et contre-performances économiques de ces pays.

Notre propos est simple : toutes les communautés humaines disposent de talents, de savoir-faire, d’intelligence ou de force physique pour produire de quoi vivre dignement : alors qu’est ce qui peut bien bloquer cette partie du monde ? La réponse nous semble-t-il, est en partie dans le « Notre Père », la prière que le Sauveur nous a appris, en disant  dans sa demande 4 « donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour », … puis dans sa dernière demande 7 «  délivre-nous du mal, Amen.». De quel pain s’agit-il ?; de quel mal s’agit-il ?

« Donne-nous aujourd’hui, notre pain de ce jour » (4) : le pain représente l’ensemble des subsistances et tous les autres biens produits par l’homme selon les cultures par le travail pour satisfaire leurs besoins. Il peut aussi avoir une dimension spirituelle, à savoir l’Eucharistie[1], mais privilégions ici la première dimension matérielle. Saint Paul disait aux Thessaloniciens qui étaient assis attendant Jésus « Que celui qui ne veut pas travailler ne mange pas non plus» (2. Thessaloniciens 3:10). Le travail relève d’un ordre divin, une continuation de l’œuvre de construction de Dieu par les hommes. Le Pape Léon IV dans sa Lettre encyclique MAGNIFICA HUMANITAS – La Magnifique Humanité[2]– écrivait « Créés à l’image du Créateur, par nos œuvres nous prolongeons les siennes, nous contribuons au progrès de la société et à la construction du bien commun, nous mettons à profit les capacités reçues, nous améliorons et embellissons le monde, nous soutenons nos familles, nous entrons dans des relations de coopération et nous apprenons à construire ensemble, dans l’écoute et le dialogue, quelque chose que personne ne pourrait réaliser seul.

C’est pourquoi le travail n’est pas un simple instrument, mais il exprime et renforce la dignité de notre vie. Il est une exigence inscrite dans la condition humaine, un chemin ordinaire vers la maturité, le développement et l’épanouissement personnel ». Le travail est une nécessité absolue et notre pauvreté peut s’expliquer par l’insuffisance de travail.

Mais qu’est ce qui peut expliquer ce mal dont il faut se délivrer ? « Délivre nous du mal » (7) : de quel mal le Seigneur exige-t-Il de nous délivrer ? Quelle ignorance plonge des milliers et des milliers de gens sans travail dans l’indigence, et que Jésus vaudrait qu’on s’en défasse ? Il est l’œuvre du Malin[3] qui se traduisent toujours par  la violence, la souffrance, la mort[4]. Tout ce qui cause des troubles, des souffrances et l’injustice dans la vie quotidienne.

C’est là la question fondamentale de notre réflexion. Le mal des maux de notre société est le chômage, le fait qu’une partie de la population, des enfants de Dieu qui pourtant ont des compétences physiques et intellectuelles pour produire, se retrouve sans travail involontairement, vivent dans la meilleure des cas des subsides institutionnelles, ou de la famille, ou bien échouent dans la déchéance sociale.

Si  on demande aux Européens, aux Asiatiques, aux Africains, s’ils ont un projet à réaliser, et quel est le facteur bloquant à sa concrétisation ? Quatre-vingt-dix-neuf virgule quatre-vingt-dix-neuf pourcent (99,99%) des répondants diront, qu’ils n’ont pas les moyens : entendons par là, les moyens financiers pour concrétiser leurs projets. Il est bien entendu que la monnaie seule ne suffit pas pour réaliser un projet, mais elle demeure l’élément fondamental, le catalyseur qui permet de rassembler tous les autres facteurs, éléments nécessaires à la production. Se pose alors le problème de la rareté de la monnaie comme mal profond, à l’échelle nationale, mondiale, disons universelle depuis la nuit des temps jusqu’à aujourd’hui.

Si tel est le cas, comment se fait-il que Dieu dans son infinie bonté, nous donne tout gratuitement sauf la monnaie ? Est-il plus facile aux yeux de Dieu de fabriquer la terre, le ciel, la mer, le soleil que la monnaie ? Autrement dit la monnaie est-elle plus difficile à fabriquer aux yeux de Dieu que la terre, le ciel, la mer ?

Ou bien encore, Dieu dans le façonnement du monde a-t-il oublié d’intégrer la monnaie ou l’argent ? Dans ce cas, il aurait fait un monde imparfait et les hommes doivent ils lui rappeler cette insuffisance ?

Ou mieux encore, la rareté de la monnaie est-elle une pure invention d’une partie des hommes afin de garder une main mise sur les richesses pour une minorité par égoïsme ? Nous penchons pour cette thèse, en affirmant que ce que Dieu nous a donné de plus abondant est la monnaie dont la quantité est supérieure aux feuilles des arbres, aux étoiles, aux gazons, à toutes les espèces quantifiables, et ceux pourquoi ?

 A l’enfance de l’économie, le troc était le système d’échange ; les biens s’échangeaient entre eux donc pas de moyens de payement reconnus comme monnaie ; alors chaque bien pouvait jouer le rôle de monnaie. Avec l’augmentation des échanges et des transactions, il devint difficile de transporter les biens diversifiés de marchés en marchés, de village en village.

Les hommes inventèrent alors des moyens de payements acceptés et reconnus par toute la communauté où ils ont cours : Le cas des cauris dans les civilisations lobi-dagara, des morceaux de cuivre chez les mossis de Kaya au Burkina Faso, des plumes d’oiseaux rares chez les Indiens, des écailles de poissons au Tchad. Les pièces métalliques d’or et d’argent furent introduites en Lydie (Turquie actuelle) vers 700 av. J.-C, avant de s’étendre à toutes les parties du monde.

Puis vint l’apparition du papier-monnaie (XIe siècle – XVIIe siècle) : La Chine adopte officiellement les billets de banque en 1024, une pratique qui gagna l’Europe avec la banque de Stockholm en 1661.

Ensuite, la monnaie fiduciaire fondée la confiance, les chèques, les écritures bancaires, et les virements deviennent la pratique monétaire depuis le XVIIème siècle

Aujourd’hui on assiste aux moyens de payements électroniques, les cartes bancaires, la dématérialisation de la monnaie s’intensifie avec la crypto-monnaie depuis le XXème siècle.

Dans ce long processus de transformation et d’apprentissage, la rareté de la monnaie se justifiait par son équivalent métal, l’ or par exemple ou les diverses garanties par quelque chose de matérielle également rare. Sa véritable nature résidait comme les autres biens dans le temps de travail qui a servi à sa production. Dans ces conditions, ce qui servaient de banques ou institutions qui jouaient ce rôle, ne pouvaient prêter qu’une partie de ceux dont elles disposaient. Seulement en abandonnant la monnaie matérielle, la rareté de la monnaie a-t-elle encore sa pertinence aujourd’hui ?

« La rareté désigne le caractère de ce qui existe en faible quantité, est difficile à trouver ou peu fréquent, s’opposant ainsi à l’abondance. Ce concept économique et psychologique majeur augmente la valeur perçue d’un bien et stimule le désir, souvent utilisé via des éditions limitées » La rareté d’un bien renvoie à la rareté de ces composantes : la rareté de la voiture électrique est due à la rareté des matériaux qui la composent, la haute qualité de la main d’œuvre dans sa conception et sa fabrication avec des métaux rares.

Peut-on en dire que la rareté d’un billet de 10 000 F CFA soit liée à la rareté du papier, de l’encre, de la machine d’impression en panne ou de la fatigue du directeur de la banque centrale qui doit signer sur les billets de banques ? Dans le même sens, peut-on dire qu’un billet de 10 000 F CFA coûte en émission ou bien en français facile en fabrication 10 fois plus cher qu’un billet de 1000F ? 100 F plus cher qu’un billet de 100 F ? 20 fois plus cher qu’un billet de 500 F ?

Non !!  la rareté de la monnaie soutenue par la finance nationale et internationale est purement et simplement entretenue pour l’ancienne école de pensée économique qui, volontairement prend pour acquis une analyse du marché monétaire comme celui des autres biens : il existe un marché des biens et services où l’offre et la demande détermine un prix d’équilibre ; de même il existe un marché du travail où l’offre et la demande de travail  selon les qualifications fixe les salaires d’équilibre en économie libérale ; enfin le marché de la monnaie serait lui aussi régit par une offre de monnaie ou épargne, des fonds prêtables face à une demande de la part des agents économiques investisseurs, et l’ajustement se fait par le taux d’intérêt. Or ce mode de pensée et ce schéma, nous ramène toujours à la monnaie marchandise de nos ancêtres pour continuer à justifier la rareté de la monnaie par la faiblesse de l’épargne. Seulement, du fait du progrès des idées de la science économique et de la technique, la monnaie devient la chose la moins rare : en effet, l’institut d’émission, c’est-à-dire la Banque centrale, le préteur de dernier ressort peut fabriquer autant de billets que les entrepreneurs en font la demande pour des projets utiles et rentables à réaliser comme l’a souligné Ben Bernanke :

« Le gouvernement américain dispose d’une technologie, appelée presse à imprimer, qui lui permet de produire autant de dollars qu’il le souhaite à un coût pratiquement nul »[5]. Voilà que tout est dit, Dieu nous a donné l’intelligence de produire de la monnaie pratiquement à coût nul pour la production des biens désirés. Adieu donc, la contrainte d’épargne préalable pour l’investissement, cette camisole de force intellectuelle qui malheureusement, est au cœur de la pensée de nombreux cadres des institutions nationales et internationales de la finance, et aussi parmi les faiseurs de politique économique. En effet, sous Ben Bernanke président de la Fed- La banque centrale de Etats Unis- il a abaissé le taux d’intérêt 10 fois, de 5,25 % en septembre 2008 à 0 % en décembre 2010, afin de rendre liquide l’économie américaine sous la méfiance des agents économiques : Tout fut mis en œuvre pour l’assouplissement quantitatif, l’achat d’obligations du Trésor et de titres adossés à des créances hypothécaires pour accroitre la masse monétaire dans l’économie, relancer l’économie par la demande, redonner confiance aux agents économiques. Ben Bernanke est partisan de la nullité du taux d’intérêt, pour sortir de la crise américaine voir mondiale de 2008. Il n’est nullement interdit à un pays ou une banque centrale d’en faire de même pour développer son économie ou son pays.

Mais qui a développé cette idée pour la première fois ? Au-delà des débats d’écoles de pensée monétaire, entre les partisans de la monnaie exogène dont l’offre de monnaie est fixée par la Banque centrale, et la monnaie endogène demandée par les investisseurs pour les besoins de la production, l’honneur revient à Ibn Khaldhoum.

Ce fut un érudit africain tunisien qui, déjà en 1377 a écrit La Muqaddima, un livre multidisciplinaire de 1500 pages, d’une rare richesse, soit :

115 ans avant la découverte de l’Amérique par Christophe Colombe en 1492 ;

399 ans avant le livre « La recherche sur les causes de la richesse des nations » de Adams Smith considéré comme le père fondateur de l’économie politique, publié pour la première fois le 9 mars 1776 ;

440 ans avant le livre «  Des principes de l’économie politique et de l’impôt « de Davis Ricardo publié pour la première fois en 1817 ;

559 ans avant le livre « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » de John Maynard Keynes considéré comme le plus grand  économiste du XXeme Siècle,  publié en 1936 ;

638 ans avant le livre « Les mémoires de crise » de Ben Bernanke, parue en 2015 Prix Nobel d’Economie en 2022.

Dans son Che d’œuvre monumentale « La Muqaddima » Ibn Khaldoun abordait déjà en 1377, les questions[i] d’actualité comme la sociologie et l’anthropologie, les cycles politiques- la naissance, croissance et déclin des Etats-, la géographie, la démographie, la pollution et assainissement des villes, l’éducation et la linguistique, l’histoire, la religion comme facteur de cohésion sociale ; sa perception de l’économie embrassait les réflexions sur la richesse, la production, la répartition équitable des ressources, l’impôt, les échanges et la valeur des biens, la monnaie etc.. Il postulait que la frappe de la monnaie relevait des seules prérogatives du prince qui devait veiller à sa disponibilité pour ne pas bloquer le fonctionnement économique.

Notre propos est simple :

1 Toutes les politiques économiques des pays d’Afrique noire à l’instar de beaucoup de modèles de croissance économique repose sur l’investissement productif bloqué par l’insuffisance de l’épargne locale ; or, on peut contourner cette contrainte d’épargne par une création monétaire correspondant aux besoins des investisseurs locaux. On atténuera ce biais, le recours vers la finance internationale pour les Etats, et les ONG du Nord pour les associations africaines pour le financement, c de nombreux projets dont on a localement la maitrise technologique.

2 Or, le progrès des idées de la science économique sur la véritable nature immatérielle de la monnaie et les infrastructures d’accompagnement servent à décélérer cet étau monétaire et permettre l’investissement productif porteur de croissance ; Dieu nous a donné l’intelligence d’une monnaie gratuite, un puit sans fonds disait un auteur. Jésus a bien dit « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10 :8).

3 Car la contrainte monétaire a des conséquences économiques et politiques qui consciemment ou inconsciemment nous éloignent des objectifs de développement recherchés ; nous estimons qu’un pays ne doit pas présenter à la Banque mondiale ou la finance internationale des projets de production d’igname, de manioc, d’oignon, de tomate, de mangue, de maïs, de sorgho, de production de chèvres, de moutons, de brebis, de lait ou de fourrage pour les animaux. Certes, les bénéficiaires obtiennent des accroissements de productions et de revenus qui n’auraient pas existé sans ces financements. Seulement ces projets auraient pu être financés par la création de monnaie locale pour accélérer la croissance nationale.

En effet, nos instituts de recherches en Afrique noire disposent de protocoles techniques éprouvées de production pour toutes ces espèces agricoles et animales. Donc, une politique monétaire expansionniste peut servir à financer rapidement ces activités ; ceux, d’autant plus que toute création monétaire est assortie d’une promesse de destruction d’un montant supérieur par le remboursement avec intérêts. Les craintes de l’inflation seront atténuées par l’augmentation de l’offre de produits sur le marché. D’ailleurs l’idée même d’une croissance des pays pauvres sans inflation procède d’une naïveté économique : La vitesse de création de la monnaie et sa dépense est plus vite que le cycle de production générée par cette monnaie.

A l’inverse, les investissements structurants comme les pipelines, les chemins de fer, les ports, les routes transnationales, les barrages hydro-électriques, les exploitations minières dont nous n’avons pas toute la maitrise technologique, pourraient être financés par les institutions financières internationales. La contrainte de l’épargne et son corollaire le recours aux financements extérieurs quand bien même, cela ne vaudrait pas la peine, est l’un des principaux maux ou freins au développement des pays en Afrique noire.

Nous proposerons dans la partie II de ce papier un exemple simple pour éclairer nos vues et surtout esquisser les voies et moyens de s’en sortir.

Clément Roger YAMEOGO

Démographe-Economiste

Cabinet CERYA https://cerya.org/


[1] Monseigneur Pierre-Marie Carré, Archevêque de Montpellier, Vice-Président de la Conférence des évêques de France Donne nous aujourd’hui notre pain de ce jour, https://liturgie.catholique.fr/bibliotheque/publications-liturgie-snpls, Consulté le 4 Juin 2026

[2] LÉON PP. XIV Lettre encyclique Lettre encyclique MAGNIFICAT HUMANITAS,  https://www.la-croix.com/religion/magnifica-humanitas-le-texte-integral-de-l-encyclique-de-leon-xiv du 15 mai 2026, Consulté le 3 Juin 2026

[3] Dans la religion chrétienne, le Malin désigne, Satan, le Diable propagateur des mauvaises actions humaines

[4] Hors-Série n°3 de la revue Tabga Méditations sur les sept demande du Notre Père 2007, https://catechese.catholique.fr/outils/conference-contribution/661-meditation-sept-demandes-notre-pere/

[5] Ben Bernanke Pourquoi votre voisin ne peut-il pas brûler sa maison ? https://thedecisionlab.com/es/thinkers/economics/ben-bernanke Consulté le 2 janvier 2026


[i] https://www.google.com/search?q=quelles+sont+les+th%C3%A8mes+abordés par Ibn+Khaldoum+dans+la+mukadima

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